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CHRISTIAN BAILLY, UN DES PIONNIERS DU TRAIL DANS LES PAYS DE SAVOIE / 10-06-12

Portant sur les fonts baptismaux le Trail de Faverges dès 2001, Christian Bailly réussit pour l’occasion le parfait coup de maître, faisant de sa manifestation l’une des toutes premières courses nature en semi-autonomie dans les Deux Savoie.
Mais avant cette prouesse, il a fallu à cet allochtone s’imposer dans le giron de l’Espérance Favergienne (EF) dont il portera les couleurs à compter de 1983. Puis dégoter de solides soutiens à l’extérieur du club tout en répondant à une virulente opposition, celle de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage.


1ERE PARTIE : LES PREMIERS PAS DE CHRISTIAN BAILLY A FAVERGES

Né le 6 mars 1949 dans la cité de Lautherbourg dans le Bas-Rhin, connue pour occuper précisément l’extrémité nord-est de l’Hexagone, Christian Bailly n’en est pas moins de souche doubiste. Raison pour laquelle il s’installe dans le Haut-Doubs à l’âge de six mois où il y demeurera jusqu’à l’âge de 24 ans, d’abord à Morteau puis à Pontarlier, la seconde ville la plus haute de France juchée sur un plateau à 800m d’altitude au cœur du Massif du Jura. Pan de vie où il rencontrera sa future épouse, Christine (née en 1948) avec qui il aura deux filles, Marie et Anne. Période qui le verra également décrocher en juin 1970 à Montbéliard un BTS en Fabrication Mécanique, et ce après avoir réussi son BAC deux ans plus tôt sans… concourir aucune épreuve, Mai 1968 passant par là !
Pour motif professionnel, il gagne en 1973 la Haute-Savoie et Annemasse où il bosse dans une PME d’horlogerie, la SEFEA. C’est là qu’il s’incruste dans le sport via le monde entrepreneurial où en tant que secrétaire des Corpos il s’attelle aux tournois de volley en hiver et de foot la belle saison. Concomitamment, il fait la connaissance du correspondant du « Dauphiné Libéré », cette plume qu’est Georges Ongaro, et s’adonne avec ses potes de boulot au cyclotourisme.

Le tournant favergien
En 1983, le Franc-Comtois fait irruption à Faverges, une des places-fortes industrielles haut-savoyardes où il rentre chez S.T. Dupont. Seconde boîte de cette commune de 6700 habitants après Stäubli, elle élabore des produits de luxe, à l’instar des briquets et autres stylos. Dans ses murs, il fait notamment connaissance avec Jean-Louis Bal, aujourd’hui coach à la réputation nationale dans les domaines de la course nature et du ski-alpinisme. Il partira en pré-retraite le 22 mars 2007, victime de cette kyrielle d’impitoyables plans de restructuration, conséquence directe d’une mondialisation mal maîtrisée pour ne pas dire anarchique transplantant sans l’once d’un scrupule les hommes à l’arrière-ban de la société.
C’est au sein de cette entité favergienne qu’il va s’illustrer, en particulier à travers un sport qui lui est étranger : l’athlétisme. Extirpant le trail de la confidentialité, il va contribuer activement à en faire aujourd’hui la discipline la plus populaire avec le marathon. Peu après avoir posé ses valises, il délaisse le vélo auquel il était resté fidèle jusque-là, jugeant la montagne, omniprésente dans cette contrée, au-dessus de ses capacités, la piste cyclable sillonnant la cluse d’Annecy, accessible à tous, jaillissant bien plus tard. Dès lors, il se tourne vers le jogging qui commence doucement à être un phénomène de mode.
S’entraînant seul, le Doubiste finit par tomber sur Michel Mauger (né le 10 décembre 1950), résidant dans le village voisin de Marlens, qui l’incite à rallier l’EF, ce qu’il fit prestement dès 1983. Il cherche ainsi à progresser sensiblement dans ce club phare de la Haute-Savoie, issu de la fusion de l’Espérance et de la Favergienne en novembre 1958 avant de s’affilier le 9 janvier 1961 à la Fédération Française d’Athlétisme (FFA). Dès la première année, il dispute le Semi-Marathon du Lac d’Annecy en 1h47.

Emergence d’une personnalité bientôt incontournable
Au sein de cette escouade dévolue quasi-exclusivement à la piste, certains cherchent à l’orée des années 80 à développer le hors stade, le cross-country à la morte saison, la route le restant de l’année, la course de montagne n’étant à cette époque qu’embryonnaire et le trail inconnu dans les deux départements savoyards. Parmi ces hérétiques, figure au premier chef Michel Mauger, pensionnaire à l’EF à compter du 1er octobre 1972. Puis adhéreront à ce « courant de pensée » Christian Bailly, Michel Gardet (né le 20 juin 1953), enfin trois talentueux athlètes ayant pour noms :
Roland Vuillemenot (né le 21 août 1946), au club dès 1981, quintuple champion de France des 100km en 1991, 1992, 1993, 1995 et 1996.
Olivier Burnet-Merlin (né le 24 décembre 1962), licencié en 1987, ayant comme temps référence 2h30’25 sur marathon (1997), 1h12’03 sur semi-marathon (1991), 32’35 sur 10km (1997).
Joël Pellicier (né le 13 juin 1966), sociétaire depuis 1987, portant ses records à 2h29’08 sur  marathon (1996), 1h08 sur semi (1995), 31’05 sur 10km (1998).
Ces valeurs sûres contribueront à l’excellence des résultats par équipe. Dès 1988, les Favergiens remportent le titre de champion départemental senior de cross-country. Et en 1993, ce sont les vétérans qui reprendront le flambeau en devenant champions départementaux puis régionaux de cross-country avant de terminer au pied du podium aux interrégionaux, se qualifiant par la même aux France.
Avec célérité, l’Espérance recensera 50% de jeunes pistards, le reliquat étant constitué de crossmen et routiers. Dans la logique des choses, l’EF mettra sur pied au milieu des années 80 plusieurs manifestations sous l’égide de Georges Nonis et Michel Mauger : un 25km (distance officielle à cette époque), un semi-marathon, un 10km s’éteignant en 2000, enfin une corrida démarrant à la tombée de la nuit tous les 13 juillet et disparaissant pareillement en 2000.
C’est à la vitesse de l’éclair que Christian Bailly va investir sa nouvelle formation, revêtant dès octobre 1986 le costume de président, charge qu’il endossera jusqu’en octobre 2003.
Tout aussi promptement, il gravit les différents échelons administratifs de l’athlétisme en Haute-Savoie, devenant ainsi l’un de ses porte-voix : membre du Comité départemental en octobre 1988 puis vice-président d’octobre 1992 à octobre 2004. Parallèlement, il prend la tête de la Commission départementale des courses hors stade en octobre 1992 avant de claquer la porte en octobre 2000, protestant avec véhémence contre la loi du 23 mars 1999 contraignant les non-licenciés à se munir d’un certificat médical. Pour Christian, cette astreinte déresponsabilise l’individu alors que celui-ci doit au contraire assumer pleinement sa décision de s’inscrire à une course comme c’est le cas dans la plupart des Etats européens. Cette démission fit en tout cas l’effet d’une bombe, témoignant de la profonde individualité de Christian Bailly. Nonobstant son inextinguible flamme pour cette fonction, il y renoncera définitivement, en totale cohérence avec ses idées, au demeurant aux antipodes des postures opportunistes qu’on observe hélas trop souvent…

François Vanlaton


2EME PARTIE : L’ECLOSION DU TRAIL DE FAVERGES

En 1999, c’est le coup de tonnerre, encore plus retentissant que l’incursion du hors stade dans les années 80. Les deux Michel, Gardet et Mauger, vont en effet enfoncer un coin au sein de leur club à propos d’un nouveau concept de course : le trail. C’est surtout le premier qui se montre le plus remuant pour promouvoir ce projet iconoclaste, s’adonnant régulièrement à cette discipline. Ce précurseur hume très vite le succès futur de ce type de compétition au moment où les Français sont de plus en plus nombreux à vouloir se ressourcer dans la nature, fuyant autant que possible la fureur urbaine.
Le binôme semble bien esseulé cependant, ses membres étant perçus comme de purs idéalistes, recueillant au mieux indifférence, au pis circonspection ou refus. Quant à Christian Bailly, président de l’EF à cette période charnière, il préfère adopter une position attentiste, ne voulant pas se laisser manœuvrer dans cette aventure sans que les problèmes d’alimentation et de sécurité ne soient solutionnés. Incontestablement, le potentiel existe pour concocter un trail mais pas dans n’importe quelle condition, dixit l’homme fort de l’EF. En premier lieu, il s’agit de ne pas se mettre en porte-à-faux avec la réglementation de la FFA qui impose un ravitaillement tous les cinq km dans les courses sur route. Et concernant l’épineux écueil de la sécurité, il n’est pas question de mettre sur pied une manifestation au cœur du milieu montagnard sans un minimum d’encadrement.

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Osmose avec la FFA, le CAF, la mairie…
Le volet nutritionnel est résolu par un modus vivendi entre la FFA et les organisateurs des  courses nature, la fédé reconnaissant le caractère spécifique du trail, concouru en semi-autonomie. Cet accord tacite sur l’alimentation est dorénavant officialisé dans les textes, de même qu’est finalisé aussi l’aspect sécuritaire.
Et si en 1999, cette question est solutionnée, c’est au puissant Club Alpin Français (CAF) de Faverges (plus de 500 adhérents) qu’en revient le mérite. Celui-ci, présidé par Yves-Marie Gorin, apporte un appui décisif au dessein en proposant de raffermir l’encadrement par la présence d’une trentaine d’expérimentés cafistes. Cette aide ne se démentira jamais par la suite : ainsi 35 d’entre eux seront sur le parcours du millésime 2012, et ce parmi les 164 bénévoles que renferme l’événement.
Le support du CAF rassure totalement le leader de l’EF qui dès lors franchit le Rubicon en rejoignant avec enthousiasme les deux Michel, d’autant plus qu’il peut compter sur un nouvel appui et de taille : celui de la municipalité de Faverges par le biais de Raymond Marrillet (né en 1945 et décédé en août 2004), adjoint aux sports durant les deux mandats de Jacques Dalex (PS, 1989-1995 et 1995-2001).
Ce soutien est double. De prime abord, il est financier avec une enveloppe de 4500 euros (aujourd’hui 4100 euros mais la mairie a pris en charge entre temps les toilettes sèches sur l’aire de départ et d’arrivée). Ensuite, il est logistique, cette tâche étant dévolue au service technique, se concrétisant en particulier par la disposition de la spacieuse salle polyvalente pour la remise des dossards et comme repli en cas de météo défavorable.
In fine, cet appui n’aura pas souffert de la moindre aspérité sur les 11 millésimes, et ce quels que soient les changements d’équipe municipale, a fortiori celui opéré en mars 2008. La victoire dans un mouchoir avec 77 voix d’avance de la liste de Jean-Claude Tissot-Rosset (UMP), agriculteur au Villard, entraînera en effet l’élection comme 3ème adjoint d’un certain… Christian Bailly. Outre l’agriculture, les communications, l’environnement et la forêt, celui-ci « règne » bien évidemment sur les sports.

… et opposition de l’ONCFS
Toutefois, un ultime obstacle peut encore faire capoter le projet : celui de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), l’influent établissement public placé sous la double tutelle des Ministères de l’Environnement et de l’Agriculture et qui s’oppose farouchement au trail. Cet organisme est en effet directement concerné par cet événement, le parcours rendant visite, à travers le vallon de Saint-Ruph, à la Réserve Nationale de Chasse et de Faune Sauvage des Bauges (1) dont l’ONCFS a la haute main, tant sur sa protection que sa gestion. En conséquence, le territoire en question englobe la descente du col d’Orgeval et l’ascension du chalet de la Sarve.
Jadis, cet organisme était parvenu à faire annuler en terre baujue à la fois une épreuve de VTT, arguant qu’elle altérait la viabilité des sentiers, puis une autre en ski-alpinisme, qui aurait traversé, selon lui, les zones de protection spéciale (ZDS) de la réserve, rigoureusement interdites au public. Celles-ci ne pouvaient, de toute évidence, être compatibles avec la pratique d’un sport, étant des zones de quiétude, de capture et d’études scientifiques des espèces animales, notamment le chamois, au nombre de près de 2500 sur cet espace d’exception de 5205ha, fondé le 30 mars 1955.
Malgré l’absence des ZDS sur l’itinéraire du Trail de Faverges, l’ONCFS impose ses conditions pour que la compétition puisse se disputer dans la Réserve :
– Interdiction de tout engin motorisé.
– Vérification après coup de l’état des sentiers et de leurs abords par l’ONCFS.
Et en cas d’avis négatif de la part de l’organisme public qui aurait le dernier mot, le trail serait prohibé. Purement et simplement. C’est donc une véritable épée de Damoclès qui plane chaque année sur Christian Bailly et toute son escouade du comité d’organisation. Raison de plus pour les trailers de s’auto-responsabiliser, en ne jetant pas leurs détritus et en ne coupant pas les chemins, même si ceux-ci sont passablement engorgés par des centaines de trailers.
En 2007, c’est un autre établissement public, en l’occurrence l’Office National des Forêts (ONF), qui, sans s’y opposer ouvertement, ne verra pas d’un bon œil l’utilisation du magnifique sentier en dévers sur la courte distance, reliant la Maison Forestière de l’Abbaye au hameau de Saint-Ruph. L’argument étayé par l’ONF ? Les single-track sont faits pour marcher et non pour courir, la piste forestière située sur l’autre rive du torrent de Saint-Ruph, servant auparavant pour le 28km, étant idoine pour cavaler. Et l’ONF d’ajouter que les raccourcis et doublements hors trace dégradent gravement le biotope.
L’ONCFS donnant finalement son aval, l’édition princeps de 2001 peut dès lors avoir lieu : elle sera ainsi en France la première épreuve naturelle sportive à pénétrer dans un espace naturel à forte protection. Au préalable, Christian Bailly doit toutefois mettre en place le comité d’organisation dont il sera le dirigeant et qui agira de façon autonome par rapport à l’EF. En dehors de lui, il comprend une dizaine de volontaires qui sont :
Kahaled Adjerime.
Franck Bernard, ayant pris la succession de Christian comme président de l’EF en octobre 2003.
Benjamin Bertholon.
Colette Denambride, trésorière.
Michel Gardet.
Steve Nocenti, responsable du site Web.
Gaëlle Warczareck.
Ce sont donc bien quatre mousquetaires qui permettront au Trail de Faverges d’éclore le dimanche 17 juin 2001 : Michel Gardet comme premier de cordée et son lieutenant Michel Mauger ; ensuite Christian Bailly ; enfin Raymond Marrillet. En compagnie des architectes des Allobroges qui précèdent leur rendez-vous de deux semaines exactement, ils pourront se targuer d’être les géniteurs du trail en Haute-Savoie si l’on excepte le Bélier. Certes, celui-ci existait bien depuis 1986 mais il enfreignait, avec pas moins de six ravitaillements pour 27km, la sacro-sainte règle de la semi-autonomie auquel le quatuor est viscéralement attaché, en en faisant l’essence même du trail.

François Vanlaton

(1) Ne pas confondre la Réserve Nationale de Chasse et de Faune Sauvage des Bauges, espace de forte protection des espèces animales, dépourvu de population humaine permanente, avec le Parc Naturel Régional des Bauges, espace de faible protection, où l’homme peut y habiter de façon endémique, qui est avant tout un outil de développement économique pour les secteurs ruraux sur le déclin.


3EME ET DERNIERE PARTIE : LE PASSAGE DE TEMOIN A GAELLE WARCZARECK

Tout prochainement !

François Vanlaton

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