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INTERVIEW DE NICOLAS MARTIN: RETOUR SUR UNE SAISON A DEUX VITESSES

Auréolé d’un titre de vice-champion du Monde en 2016, Nicolas Martin savait que réitérer une saison aussi accomplie ne serait pas chose aisée. Le protégé de Patrick Bringer était toutefois prêt à relever le défi. Si le début de saison 2017 fût en-deçà de ses attentes, le pensionnaire du Team Hoka a su rebondir pour signer quelques performances de haute volée. Humble et abordable, Nicolas Martin a accepté de répondre à nos questions et de dresser le bilan de cette saison à deux vitesses qui prendra fin lors du Festival des Templiers dans quelques jours.

Tu as fait un début de saison que tu as qualifié de «décevant» et qui t’a même fait dire «le sport est injuste». Peux-tu nous parler de ce début d’année «compliqué» qui a connu son point culminant aux championnats du Monde ou tu as pris la 19ème place? Penses-tu que mentalement cela t’a fait progresser ?

Oui, j’ai été déçu de mon début de saison car ça ne validait pas les séances d’entraînement. On avait fait un très fort volume en avril pour enchaîner Transvulcania et Mondial. A la Transvulcania, j’avais limité la casse avec une 4ème place. Malgré tout, j’étais déçu d’avoir régressé par rapport à la saison précédente. Le mondial a été catastrophique et vivre ces moments, c’est difficile. D’autant plus avec le maillot national sur le dos où on représente tous ceux qui aimeraient être à notre place. Suite à cet échec, j’ai fait des analyses sanguines et il y avait une anémie naissante. J’ai voulu faire l’High Trail Vanoise même si je savais que ce serait compliqué. En fait, les sensations à l’entrainement ont toujours été plutôt bonnes durant la saison donc je n’ai pas voulu couper. Après un nouvel échec à Val d’Isère, on a décidé de faire 3 semaines très légères. Je faisais juste quelques sorties en vélo pour profiter du soleil.
Je suis reparti gonflé à bloc et on a repris par les fondamentaux de la course à pied puis une grosse semaine en groupe du côté du massif du Sancy. J’ai beaucoup subi mais au fil des semaines, les sensations devenaient excellentes et laissaient présager une belle fin de saison.

1 Nicolas Martin 46 km trail du Ventoux photo Robert Goin - INTERVIEW DE NICOLAS MARTIN: RETOUR SUR UNE SAISON A DEUX VITESSES

Crédits photo: Robert Gouin

Après cette période compliquée tu t’es fixé un double objectif championnats de France-Templiers. Pourquoi ? Tu as réussi la première étape de ce défi à Gérardmer. Qu’est ce que cette victoire représente pour toi ?

Initialement, j’avais prévu de jouer le circuit Ultra des World Series du skyrunning. Avec 2 performances moyennes, je n’avais que peu de chances de figurer sur le podium donc j’ai préféré faire les championnats de France puis les Templiers au lieu de The Rut-Templiers. J’avais aussi envie de porter à nouveau le maillot de l’équipe de France.
Ce titre est une grande satisfaction. J’ai pris le départ sans pression, je voulais retrouver du plaisir en compétition. Courir 5-6h en maitrisant mon corps. C’est un sport exigeant même lorsqu’on est en forme. Lorsqu’on subit plus la souffrance qu’on ne se l’impose, c’est mentalement dur à vivre. A Gerardmer, j’ai été acteur de ma course. J’avais un schéma en tête, je l’ai appliqué et j’ai pu franchir la ligne en tête. J’étais très ému à l’arrivée. J’ai retenu mes larmes mais j’avais du mal à parler sans sangloter.

Le week-end prochain tu seras donc aux Templiers. Dans quel état de forme et d’esprit abordes-tu cette course? Quel sera l’objectif?

J’espère être dans un excellent état de forme. Les séances sont encourageantes, je devrais être plus solide musculairement qu’aux Frances. J’aborde la course dans le même état d’esprit que le championnat de France ou le marathon Pirineu. Je vais faire de mon mieux, je connais parfaitement le parcours et si les jambes répondent, j’espère être acteur. Il y a 10 ans, j’ai participé pour la première fois à une course de ce festival. C’est ce jour là que j’ai eu envie de faire du trail. Je rêve de remporter cette course donc l’objectif ultime serait de gagner. Malgré tout, je ne fais pas une fixation là dessus. Courir à mon meilleur niveau, c’est le but principal et on fera les comptes à l’arrivée.

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Crédits photo: Ski&Run

A l’aise aussi bien sur course de montagne que sur trail long, tu es l’un des rares à pouvoir te targuer de jouer les premiers rôles sur des championnats de France dans l’une et l’autre de ces disciplines, deux disciplines qui paraissent pourtant à première vue aux antipodes l’une de l’autre. D’ou tires-tu cette polyvalence?

Je ne pense pas que les disciplines soient si éloignés l’une que l’autre. C’est, à mon sens, possible d’être performant entre 1h et 6-8h d’effort. Bien entendu, il faut se fixer un objectif précis. Je m’entraîne pour être performant sur le trail long. Je ne prépare jamais de manière spécifique la montagne. C’est l’illustration qu’un entrainement intelligent ne conduit pas à une régression sur les efforts plus courts. Je pense aussi que mon volume d’entraînement important m’a permis de progresser dans tous les domaines. En 2014, j’avais terminé 24ème des championnats de France de course en montagne et depuis 2 ans, j’arrive à accrocher le top 5. C’est vraiment la preuve que le travail conduit à tout. Il faut juste de la patience et avoir l’envie de le faire.

Lors d’une interview d’après-course à Pralognan-la-Vanoise fin août, tu as dit qu’il t’arrivait de faire des semaines à 25 heures d’entraînement. Peux tu nous parler de ta charge d’entraînements ? Comment organises tu tes semaines?

En effet, c’est des volumes courants lors des périodes de préparation spécifique. La plus grosse semaine en 2017, avec un énorme volume en vélo, a été de 35h et ce n’était pas que de l’allure cool. C’est difficile de détailler l’entrainement mais le principe de base est de développer des qualités de « solidité musculaire », de force et physiologiques tout en travaillant souvent avec de la fatigue. En gros, on fait des séances de force en vélo, des randos courses à pied avec parfois des fortes contraintes excentriques en descendant très vite. Selon les courses, on travaille aussi à l’allure spé après une préfatigue à pied ou à vélo. Le reste, c’est des séances plus classiques de PPS, de PMA/VMA ou de « seuil ».

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Si tu n’as plus grand chose à prouver, ta fin de saison prouve à ceux qui en doutaient encore que tu es bien l’un des tout meilleurs au monde actuellement, en atteste ta course remarquable sur le marathon de l’Ultra Pirineu ou tu as fait plus que douter Kilian Jornet sur ses terres en terminant à seulement 25 secondes de celui que tu qualifies toi même de «boss» de la discipline après avoir osé prendre la course à ton compte. Quel bilan tires-tu de ce duel?

En effet, je ne cherche pas à prouver quoique ce soit aux autres. Mon moteur, c’est de progresser, d’explorer mes limites. La compétition, c’est le révélateur. Bien entendu comme toute personne, j’ai de l’égo et lorsque je lis, le France n’était pas relevé, ça m’énerve un peu. La semaine suivante, je ne devais pas être bien plus performant et pourtant, j’ai fait une belle course au contact de Kilian. Kilian n’était pas à son top, je suis toujours très honnête sur ce plan. Il a souffert, on l’a rarement vu aussi marqué à l’arrivée. Malgré tout, il a su l’emporter car c’est un grand compétiteur. J’ai vécu une magnifique journée, il m’a raconté quelques anecdotes car il a grandi sur ce parcours.
J’ai créé la décision après le dernier ravito en haussant le rythme. Kilian a été le seul à suivre. J’ai mené le tempo puis Kilian a attaqué à plusieurs reprises. J’ai bouché le trou à 3 reprises puis il est parti à 2 kilomètres de la ligne. C’était une belle journée de sport, un beau combat sportif dans une ambiance festive. Ensuite, un copain, Aurélien Dunand Pallaz, a terminé 3ème sur l’ultra. Le sport, c’est fait pour partager des émotions et on les vit aussi à travers les autres.

Invîté sur les 20km de Paris ou tu prends la 21ème place au scratch tu as montré qu’un montagnard peut être efficace sur route. Penses-tu que route et montagne sont compatibles? Quel bilan tires-tu de cette course que tu avais abordée comme une séance de préparation pour les Templiers?

Ce n’est pas incompatible mais ce sont 2 disciplines qui nécessitent des qualités différentes. Bien entendu, les meilleurs trailers peuvent courir vite tout en gardant à l’esprit qu’on a pris 7′ par la tête de course. Nous avons un honnête niveau sur route mais ce n’est pas du haut niveau dans cette discipline.
L’organisation a voulu mettre les trailers à l’honneur en invitant quelques coureurs « élites ». C’est une course très populaire, on a passé un beau week-end à Paris. Personnellement, j’aime courir. Je préfère la nature, les sentiers mais courir de temps en temps sur la route ne me dérange pas. Sur le plan sportif, j’ai fait une course maitrisée sur un excellent tempo, c’était une belle séance en vue des Templiers.

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Quels seront tes objectifs l’an prochain?

Je ne me suis pas encore penché sur la saison prochaine. J’ai des idées que je vais préciser au fil du temps. Je sais déjà que mon début de saison passera par les championnats du monde le 12 mai 2018. C’est un plaisir de partager l’aventure sous le maillot bleu et j’espère que les nations majeures joueront le jeu.

Quelque chose à rajouter?

Bonne fin de saison à tous et au plaisir de se croiser sur les sentiers!

Texte et propos recueillis: Hugo PELLETIER

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