COMPTE RENDU DU BELIER / 28-08-11

LE SCANDALEUX DEUX POIDS, DEUX MESURES !

Quoiqu’il arrive, l’épreuve féminine du Bélier 2011, de très haut niveau, restera gravée dans les annales de la course nature. Pourtant, elle est loin d’avoir eu l’écho médiatique escompté, l’UTMB et ses avatars se taillant inopportunément la part du lion. Cette iniquité absolument révoltante, bafouant l’impartialité de l’information, son nécessaire équilibre, m’a interpellé. La profonde estime que j’ai pour Céline Lafaye, qui accomplit une saison en tous points exceptionnelle mais hélas dans une quasi-indifférence, m’a achevé de me convaincre d’intervenir.
Aussi, alors que je n’avais absolument pas prévu de l’entreprendre, n’ayant pas effectué le déplacement à La Clusaz dimanche, j’ai rédigé un long papier. Pour y parvenir, je me suis appuyé très partiellement sur l’article de Pierre-Louis Zajac, publié ce lundi 29 août dans « le Dauphiné Libéré » en page sport Haute-Savoie, ainsi que des commentaires de Jean-Louis Bal, entraîneur à l’Espérance Favergienne, mis en ligne sur « Courir en Pays de Savoie » hier dimanche.
Divulguant ce texte pour le forum de Joël Pellicier, j’ai également contacté Luc Bernaux, rédacteur à « Trails Endurance Mag », pour qu’il le diffuse sur son site Web, ce qu’il a aussitôt avalisé. Parallèlement à ma prose, je lui ai transmis trois clichés de Jean-Louis Bal.
Naturellement, je tiens à exprimer ma profonde gratitude à Luc qui au demeurant saisit parfaitement mon approche « journalistique ».
Ce papier, le voici.

F.V.

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ALINE CAMBOULIVES ET CELINE LAFAYE SUR UNE AUTRE PLANETE !

Faisant irruption en 1986 dans la mythique station haut-savoyarde de La Clusaz, le Bélier est sans aucun doute l’une des manifestations pionnières du trail hexagonal même si la profusion de ravitaillements viole la sacro-sainte règle de la semi-autonomie. Fait rarissime dans cette discipline, son tracé long de 27km pour 1000m de dénivelée positive et autant en négatif n’a depuis subi aucune fluctuation.
Autre caractère immuable de ce « classico », son formidable succès populaire. Dimanche, le 26ème millésime aura encore drainé la foule des grands jours, pas moins de 677 trailers et 1325 randonneurs ralliant la place de l’église, entame des hostilités.
Les clefs de cette insolente réussite ? Un parcours abordable, y compris pour le néophyte nonobstant la technicité de la dégringolade finale ; un site enchanteur mariant alpages, pessières et lac, avec fréquemment en ligne de mire cette saisissante citadelle calcaire que sont les Aravis ; enfin de magnifiques prestations rendues possibles par l’investissement de toutes les forces vives de La Clusaz, parvenant ainsi à mobiliser le chiffre exceptionnel de quelques 200 bénévoles.
Or, les vents contraires n’auront pas manqué sur les ultimes éditions, le plus violent étant l’encombrement du calendrier hors stade jalonné entre autres par l’avènement du pantagruélique UTMB qui aura irrémédiablement chassé le Bélier des feux de l’actualité.
Une véritable injustice au regard de l’impressionnante qualité du peloton que fréquentent régulièrement les élites de la course de montagne et du trail courte distance, peloton qui n’a donc rien à envier aux hardes chamoniardes.
A l’image du cru 2011 qui aura été dominé chez les hommes par deux prestigieux représentants de la Perfide Albion. Pour la 2ème année consécutive, le gros lot est en effet revenu à Billy Burns, 42 ans, qui a quitté son île en 1997 pour établir ses quartiers à proximité de Sion, capitale du Valais, où son étoile n’a jamais cessé de scintiller (16ème encore à Sierre-Zinal le 14 août dernier après l’avoir emporté en 2000).
Contrairement à l’an passé où son odyssée en 1h49’15 avait écoeuré la concurrence, distançant ainsi de 9’20 son dauphin Ludovic Pellé, l’Helvète de cœur aura cette fois-ci dû se faire violence pour s’extirper de la nasse tendue par ses opposants. Au premier rang duquel émergeaient son compatriote Rob Baker, de neuf ans son cadet et coureur d’orientation en provenance du Yorkshire, l’Annemassien Jérémie Gachet, 32 ans, l’Eviannais Alain Gillet, 30 ans et le Rémois Christophe Assailly, 40 ans.
Après s’être fourvoyé au km14 alors qu’il faisait course en tête, perdant par ricochet la proue au profit de Baker, Burns devra attendre l’ultime rampe conduisant au Plateau de Beauregard (km23) pour s’envoler définitivement. Avec cependant un chrono très éloigné de celui de 2010, à rebours en effet de 5’26, soit 1h54’41, qui plus est reléguant à seulement 52’’ Baker qui préservait d’extrême justesse sa seconde place menacée par Gachet, revenu de façon insensée du diable vauvert.
Mais c’est bien chez la gent féminine que cet opus marquera à jamais les esprits.
Indubitablement, cette course dans la course qu’aura été le duel Aline Camboulives-Céline Lafaye ouvre l’une des plus belles pages dans la légende de ce Bélier qui pourtant n’en a jamais été sevré.
Si les deux gazelles ont fait passer de vie à trépas, de plus de 2’, le record de la Russe Véra Soukhova remontant à 2004 (2h11’36), c’est bien sûr à leur prodigieux talent qu’elles le doivent en premier lieu. Ensuite, à leur renaissance après une saison 2010 en demi-teinte. Même si leur impitoyable rivalité, frontale, sans concessions, sans trêves, émaillé d’intenses chassés-croisés, leur aura incontestablement facilité la tâche, ménageant ainsi le plus sensationnel des scénarios hitchcockiens. En quelque sorte, la réédition du fameux épisode intervenu quinze jours en arrière à Sierre-Zinal où Aline, 2ème, avait coiffé sur le fil Céline, 3ème.
D’emblée, Camboulives (Teams Brooks et Sport 2000 Pays Rochois), 38 ans, ex-cycliste semi-professionnelle, tentait de dynamiter le cartel des prétendantes au sacre. Outre Lafaye (Team Asics), 29 ans, on y décelait également la présence de la Tarine Stéphanie Duc (Team Inov-8), 35 ans, rayonnante comme jamais cette année, et la prometteuse Céline Jeannier (Union Olympique Albertville Tarentaise), 32 ans, une des révélations cette saison en course de montagne.
Si Camboulives, 3ème aux France de montagne à Tardets-Sorholus il y a trois semaines, s’échappait irrésistiblement quand la pente se redressait, la double championne de France du Trail Tour National court 2010-2011 comblait son retard dans les portions descendantes hyper-techniques où son agilité et sa vélocité faisaient merveille.
L’épilogue allait être phénoménal. A 800m du but, la protégée de Jean-Louis Bal à l’Espérance Favergienne précédait Camboulives de 30m. Hélas, elle assistait impuissante à l’inexorable fonte de sa famélique avance pour se faire griller la politesse à 200m de la ligne salvatrice. En redoutable marathonienne qu’elle est (temps étalon en 2h37’19 à Paris 2008), Camboulives avait fait la différence sur l’asphalte, empêchant Lafaye de glaner un 6ème titre à La Clusaz. 9 infinitésimales secondes les séparaient, la lauréate pointant en 2h09’22.
Quant à la 3ème marche du podium, elle échut à Stéphanie Duc, surgissant toutefois à plus de 9’ de l’infernal binôme. C’est dire le très haut niveau de cette équipée sauvage !

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François Vanlaton pour le compte du site Web « Trails Endurance Mag », en date du lundi 29 août 2011 :
http://www.endurance-mag.com/actus/trail/trail-du-belier-camboulive-et-lafaye-sur-une-autre-planete/

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