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REVELATION DE LA SAISON, CAROLINE CHAVEROT S’APPROPRIE LE 80KM DU MONT-BLANC ! / 28-06-13

Mais où s’arrêtera l’ascension de Caroline Chaverot, cette ravissante Suissesse née le 16 octobre 1976 à Genève, également de nationalité française de par son mariage ? Nul ne le sait, pas plus elle, tant son parcours sort des normes habituelles, virant in fine au conte de fées.
Après avoir commencé à trottiner en janvier 2012 puis épingler cinq mois plus tard son premier dossard lors du Trail du Salève, avec une 4ème place à la clef, celle qui fut kayakiste durant huit ans avant de s’adonner à l’alpinisme et à l’escalade s’est rapidement prise au jeu. Aujourd’hui, son étoile ne cesse de scintiller sur la planète trail, et ce quel que soit le type de distance opté. Dernier épisode en date, l’ultra que cette professeure d’Histoire-Géographie étrennait, ce vendredi 28 juin, à l’occasion de l’inédit 80km du Mont-Blanc (1) et ses 6026m de différentiel, qui tombera comme un fétu de paille dans son escarcelle, et ce après 13h10’05 d’épopée.
Comme ce fut déjà le cas sur d’autres formats, à l’instar du 20km de l’Aravis Trail 2012, et cette saison, du 28km du Raidlight Chartreuse Winter Trail, du 30km du Belledonne Gelon Raidlight Trail, du 37km du Salève, enfin du 72km du Gypaète. Sans parler de ses autres faits d’armes qui, s’ils ne se sont pas soldés par une victoire, auront cependant marqué cette année les esprits. Telles sa place de dauphine sur le 40km des Cabornis, à 12’ seulement de la prestigieuse Gapençaise Isabelle Jaussaud, ou encore sa 4ème position sur le Maratrail favergien qui la voit côtoyer le TTN et sa pléiade de stars, à l’image de Stéphanie Duc et Christel Dewalle.
C’est bien connu, l’appétit vient en mangeant. Après avoir croqué la place-forte chamoniarde, là voilà déjà fin prête pour avaler ses voisins. En ligne de mire, le bastion du Val-Montjoie puis la citadelle des Fiz. Les incursions auront lieu respectivement les 6 juillet sur les 60km de la Montagn’Hard puis le 28 du même mois au 61km du Quechua Tour des Fiz. Avant les assauts finaux, programmés le 30 août sur la CCC et le 29 septembre au 50km des Aiguilles Rouges.
Assez bavardé, vous allez pouvoir maintenant dévorer son récit haletant et détaillé, exact reflet de ses doutes, de ses ambitions, de son talent, mais aussi de sa flamme inextinguible pour le trail et la montagne. Un récit dont elle réserve la primeur à « TPS Infos », selon sa propre volonté.
Alors « Caro », je te dis merci et surtout bravo pour ta nouvelle prouesse qui ne peut qu’enorgueillir toute ta famille et tes proches, ton pays natal, les Pays de Savoie, enfin ta commune d’Allonzier-la-Caille.
A bientôt, peut-être à Passy !

François Vanlaton

(1) Officiellement, le 80km du Mont-Blanc avait été réduit de 2km en raison d’un enneigement trop conséquent.

5..
RECIT DE CAROLINE CHAVEROT : « MON PREMIER 78KM… OH PARDON, 85KM !!! »

« Vendredi 28 juin, 3h55. J’arrive in extrémis dans le sas de départ, juste pour entendre le speaker mettre un peu d’ambiance (merci pour les voisins qui ont dû apprécier le tapage !) et rendre hommage à Bernard Donzel, décédé tragiquement le 16 juin. 4h, le départ est lancé : la première côte goudronnée est un peu rude, à froid et si tôt le matin, mais très vite je me sens bien et décide de ne pas m’économiser et de faire cette côte à un rythme soutenu. Les 1500m de montée au Brévent passent très vite, sans encombre, si j’excepte une petite frayeur lors d’un détour sur des dalles gelées. Au Brévent, la vue est magique, car on a la chance de profiter d’une belle éclaircie.
Le début de la descente est assez raide, sur des névés bien durs, puis on emprunte une piste assez agréable jusqu’à Planpraz. Je ne m’arrête pas au ravitaillement, ayant ce qu’il faut sur moi. Le chemin qui traverse jusqu’à La Flégère est très agréable, alterne entre de petites montées et descentes. Je me fais doubler par deux hommes qui avancent beaucoup plus vite que moi et ils me disent s’être perdus assez longuement sous le Brévent. Après la Flégère, s’amorce une bonne montée : je me sens toujours bien mais au moment d’essayer de manger (mon gel), je vois que cela ne passe pas bien. J’essaie une pâte d’amande mais c’est encore pire. Tant pis, je vais bien boire ma boisson énergétique, en espérant que cela suffise. Après cette ascension, vient une dégringolade hyper technique sur le Col des Montets. A ce moment, j’ai encore de bonnes jambes et descend bien. Après le col, vient une piste large. En fouillant dans mon sac pour lire le petit résumé de course que je me suis préparé, je ne regarde pas où je vais et m’échoue dans l’unique flaque de boue (nauséabonde) de cet ultra. Pas de mal mais je suis extrêmement sale. Autant pour les photos !
Avant Vallorcine, avec un gars qui me rattrape, on s’égare et il nous faut une minute pour retrouver notre chemin. Pour compenser, je décide de ne pas m’arrêter au ravitaillement, mais à cause d’une erreur de balisage, je m’embarque sur le chemin de retour de la boucle passant au Col du Passet. Une dame me rattrape à temps mais je fais bien 500-600m de trop et je suis plutôt furieuse. Je lâche alors une bordée de jurons, ce qui, pour moi, n’est pas très habituel, et mon moral en prend un rude coup. En amorçant la montée vers le Col du Passet, il commence à faire plus chaud, c’est bien agréable. Cette grimpée est très belle, bien raide et technique, et j’y prends beaucoup de plaisir, toute contrariété étant à nouveau oubliée. Après la montée, vient un sentier en balcon, technique et magnifique ; la vue est splendide, je suis ravie. Tellement ravie que, lors de la descente qui s’ensuit, je passe à fond et en souriant devant le bénévole qui prend des photos et ne me dit pas que je dois prendre le petit sentier qui passe à ses pieds. Lorsqu’enfin il me hèle, je suis déjà bien descendue et doit remonter. De nouveau, j’enrage : moi qui ne me suis jamais fourvoyé sur une course, je trouve que trois fois dans la même course, c’est trop. J’ai déjà perdu cinq bonnes minutes. La descente est belle et pas trop technique. Arrivée à Vallorcine, je n’ai plus une goutte d’eau et attend le ravitaillement avec impatience. Mais pour y arriver, on doit faire toute une boucle (pas intéressante) et mon moral en prend un coup à nouveau.
Au ravito, je remplis ma poche à eau et bois deux verres de coca. Ca fait du bien !! On attaque une grande montée de presque 1000m jusqu’à l’Aiguillette des Posettes. Au début, je tire un peu la langue mais plus on monte, mieux je me sens, comme en témoigne le fait que je double ceux qui m’avaient dépassée plus bas. Je me surprends alors à avaler sur les faux plats montants de la fin. De nouveau, sur les crêtes, la vue est très belle. La descente sur le Tour est infernale : technique, casse-pattes, épuisante. J’y attrape d’ailleurs une méchante contracture au mollet qui va rendre l’épreuve très difficile jusqu’à son terme. Moi, qui d’habitude suis plutôt bonne en descente, là cela va être tout l’inverse et les hommes que je vais distancer en montée vont à chaque fois me griller la politesse en descente. Entre Le Tour et Argentière, on est un petit groupe de trois et on s’égare complètement. On traverse un pont, on remonte, on descend voir dans un tunnel : rien, pas la moindre balise ! Les autres restent calmes mais moi, je fulmine intérieurement : à force de me fourvoyer, je prends du retard. On finit par retrouver le chemin. Après Argentière, l’ascension de 650m est un peu frustrante pour moi car elle est assez plate et pourtant je ne peux pas courir : plus de jus et surtout cette affreuse contracture qui me tire le mollet. Je commence à accuser la fatigue et le coca que j’ai embarqué au ravito m’est d’un précieux secours. Avant de dévaler sur les Bois, je me dis que je n’arriverai jamais à courir : mes genoux me brûlent, ma contracture me tiraille et je n’ai plus de force dans les cuisses. Heureusement, cette descente est facile et roulante et elle se passe finalement bien.
Aux Bois, je regarde ma montre : 68km de parcourus. Je réalise alors qu’il est impossible que le tracé ne fasse « que » 78km. De nouveau, le moral flanche un peu, mais à mesure que la dernière montée vers le Montenvers se déroule, je retrouve du poil de la bête. Sous le Montenvers, le sentier est incroyablement technique et la lassitude se fait sentir, d’autant plus qu’arrivée au Montenvers, ma montre indique déjà 77km ! Je me dis que la descente sur Cham’ n’est pas loin… Eh bien non ! Commence alors un long sentier en balcon, technique et qui surplombe des ravins bien raides. J’ai une pensée pour ceux qui vont passer la nuit ; pourvu que personne ne tombe du sentier ! Ce sentier n’en finit pas, je n’en peux plus, je n’ai plus aucun plaisir, je me traine comme une limace à cause de ma contracture, c’est frustrant. Quand arrive enfin la descente, ma montre indique déjà 79km ! Autant pour les 78 promis par l’organisation ! La descente est pour moi un vrai calvaire. Deux concurrents et le fils de l’un d’entre eux me doublent, le gamin filant comme un petit chamois tandis que je me sens lourde et pataude. Surgissant enfin en bas, j’ai la surprise de voir mon mari qui m’attend et qui m’encourage dans les rues de Cham’. Beaucoup d’autres gens font de même, moi qui me sens si lasse, si sale et puante que je voulais juste arriver dans l’anonymat et aller prendre une petite douche, c’est raté !
A l’arrivée, un sentiment mitigé : bien sûr, je suis heureuse d’avoir réussi à terminer cet ultra long et difficile, en courant quand même beaucoup et en ne lâchant rien. Je suis heureuse aussi d’avoir gagné. Mais objectivement, je ne trouve pas que j’ai accompli une énorme prestation. Je me suis égarée à quatre reprises et mes genoux ainsi que ma contracture m’ont fait perdre beaucoup de temps dans les descentes. Je pense que je manque en fait d’entraînement sur un tel format : c’était la première fois et mes jambes n’ont pas tenu le coup comme je l’aurais souhaité. J’imagine qu’avec d’autres compétitions et quelques années de trail derrière moi, cela ne sera pas pareil. Je comprends aussi mieux pourquoi les spécialistes disent qu’il faut prendre le temps avant de se lancer dans l’ultra. J’ai peut-être un peu grillé les étapes.
Etonnamment, je n’ai pas eu de fringale ou de véritable « coup de mou ». Pourtant, en plus de 13h d’effort, je n’ai mangé que trois gels. J’ai l’impression que la boisson énergétique et les cocas suffisent largement.
Pour la course elle-même : le parcours est globalement beau, même pour un parcours de repli. J’aimerais bien revenir l’année prochaine pour faire le vrai, par le Col du Corbeau et la Pointe de la Terrasse. L’organisation est très bien et les bénévoles absolument charmants. Il y avait beaucoup d’encouragements. Le point noir était le balisage, parfois un peu léger. Ce qui était étrange, c’est qu’il y avait parfois surabondance de bénévoles à des endroits inutiles et pas du tout à des endroits importants.
Concernant la remise des prix, pour laquelle j’ai quand même fait plus de 140km le lendemain, j’ai quelque peu été déçue de ne recevoir que deux trophées et des fleurs. Je ne galope bien sûr pas pour les lots mais, avec tous les commerçants et sponsors présents dans une ville aussi riche que Chamonix, on aurait pu s’attendre au moins à quelques gourmandises, ou un lot technique. Lorsque je vois que des petites épreuves pas chères comme le Trail du Salève ou l’Ultra Montée du Salève se démènent pour offrir des beaux lots (bons d’achat, chocolats, bouteilles, fromage), il me semble que cela ne devrait pas être trop dur pour une organisation comme le Marathon du Mont-Blanc de dénicher des partenaires disposés à donner un petit quelque chose. Mais bon, ce n’est pas grave du tout, les gourmandises, au final, on se les est offertes avec ma fille après la remise des prix ! »

Caroline Chaverot

Caroline a donc remporté le 80km du Mont-Blanc en 13h10’05 sur 45 femmes arrivantes, accaparant par ricochet la 22ème place au scratch sur 471 finishers.
Elle relègue à 14’07 sa dauphine en la personne de la Transalpine Alessandra Carlini qui n’est pourtant pas la première venue. Ayant vu le jour le 20 avril 1986 et demeurant à Ascoli Piceno dans les Marches (Italie Centrale), cette ultra-traileuse dans l’âme, sociétaire de l’Avis Ascoli Marathon et du Team Salomon Agisko, s’était classée sur la CCC 5ème en 2009, 10ème en 2010, 6ème en 2011, puis sur la TDS 3ème en 2012. Sinon, dans son pays, elle se sera notamment illustrée sur le Lavaredo Ultra Trail dans les Dolomites (3ème sur le 90km aussi bien en 2010 que 2011), ou bien encore le Gran Trail Valdigne dans le Val-d’Aoste (2ème sur le 100km en 2012).

F.V.

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PHOTOS :

945311_10151715138861063_988668975_nAprès 4h de cavalcade échevelée, « Caro » atteint Vallorcine (km46,6, 1260m), disposant d’une confortable avance.
Cliché de Fred Bousseau (« Trails Endurance Mag »).

1010931_10151715733926063_751678932_nL’apothéose pour « Caro » : la foule massée sur la place du Triangle de l’Amitié à Chamonix, qui lui réserve une ovation à son arrivée. Un moment à jamais inoubliable !
Cliché de Fred Bousseau (« Trails Endurance Mag »).

1000131_10151717711586063_942965702_n« Caro » au centre et en compagnie de sa fille Eve à l’occasion de la remise des prix, le lendemain de son exploit, sur la place du Triangle de l’Amitié à Chamonix.
Elle est entourée par les deux Transalpines du Team Salomon Agisko que sont la Marchigienne Alessandra Carlini (à gauche), 2ème en 13h24’12, et la quadra piémontaise Simona Morbelli, 3ème en 13h53’51.
Cliché de Stéphane Sclavo (« Trails Endurance Mag »).

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